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Monde \ Politique

Les Yazidis du Mont Sinjar en situation d'urgence

Des réfugiés Yazidis en route vers le Mont Sinjar, dans le Nord de l'Irak - REUTERS

17/12/2014 17:34

(RV) Entre cinq et dix mille Yézidis sont encore bloqués sur le Mont Sinjar, dans le nord de l’Irak, encerclés par les combattants de l’Etat islamique. Depuis plus d’un mois, ces familles, chassées de la ville de Sinjar par l’avancée des islamistes le 3 août, n’ont reçu aucune aide humanitaire. La dernière route qui permettait encore de ravitailler la trentaine de villages disséminés dans ce massif montagneux culminant à 1400 mètres, a été coupée par les djihadistes.

Alors que l’hiver approche et que les conditions de vie de centaines de familles se détériorent, il y a donc urgence, d’autant que les vivres s’amenuisent selon les informations reçues par Fraternité en Irak. Son président, Faraj-Benoît Camurat, lance un appel à l’aide à la communauté internationale et plus particulièrement à la coalition armée dirigée par les Etats-Unis. Il est interrogé par Xavier Sartre :

 

Où en est la situation ?
Depuis visiblement un mois et demi, cette route, ce chemin a été repris par l’État islamique. C’est difficile d’avoir des chiffres vraiment précis mais ce dont on est à peu près sûrs, c’est qu’il y aurait entre 5.000 et 10.000 personnes encore sur le Mont Sinjar dans une situation compliquée. Il y a des femmes, des enfants et des personnes âgées et ils ont reçu le dernier largage par voie aérienne il y a à peu près un mois et quelques jours. Depuis, ils n’ont pas reçu d’aide humanitaire et la personne qui a appelé Fraternité en Irak à l’aide est un chef de tribu yézidi. Il nous a décrit une situation qui, selon lui, allait se transformer en crise humanitaire avec des familles qui n’ont même plus assez de farine pour se faire à manger. En revanche, pour nous, c’est une situation qui à l’air moins grave que l’été dernier parce qu’il a beaucoup plu et qu’il y a des puits sur le mont Sinjar. Le mont Sinjar compte quand même une trentaine de villages et ce sont dans ces villages de bergers que toutes ces personnes ont essayé de se réfugier. Mais la situation est très précaire parce que jeudi dernier, il y avait eu une offensive de l’État islamique qui a fait une attaque au mortier, avec de l’artillerie légère, pour attaquer le Sinjar et visiblement, samedi, il y a eu une attaque terrestre qui a été repoussée par des combattants et des forces d’autodéfense yézidis et des soldats peshmergas du Kurdistan.

Ce chef, dont vous avez parlé, est-il sur le mont Sinjar ou bien est-il à l’extérieur ?
Ce chef de tribu yézidi est vraiment originaire du mont Sinjar. Avant la crise, il habitait déjà dans un village du mont Sinjar et il se trouve actuellement sur cette montagne. On a pu l’avoir au téléphone. Il nous a expliqué qu’il rechargeait son téléphone portable en le branchant à une batterie de voiture. L’appel qu’il nous a lancé était très émouvant. On a quand même pris le temps de recouper cette information en appelant les autres relais de Fraternité en Irak dans la région. Et à chaque fois, c’est le même chiffre qui revient et qui donne une estimation d’environ 600 à 700 familles encore bloquées sur le mont Sinjar. Les forces kurdes ont fait des petits allers-retours en hélicoptère pour évacuer les personnes en situation vraiment grave. Quand il y a plus de 5.000 à 10.000 personnes bloquées sur une montagne, malheureusement, ce ne sont pas des allers-retours en hélicoptère qui peuvent permettre de vraiment améliorer la situation. Ce que demande aujourd’hui Fraternité en Irak, l’appel qu’on veut lancer, est un appel à la coalition qui intervient en Irak. Tous les pays qui ont mobilisé des forces aériennes pour intervenir en Irak afin qu’ils organisent en urgence les largages d’aide humanitaire, de nourriture, d’habits contre le froid, de tentes, de médicaments pour que les 5.000 à 10.000 personnes qui sont encore sur le mont Sinjar puissent continuer à vivre. Je pense que la deuxième étape, c’est de trouver des solutions pour ces personnes, des solutions durables. Est-ce qu’il faut les défendre plus durablement ?  Est-ce qu’il faut organiser l’évacuation de ceux qui veulent partir ? Il est peut-être préférable que les femmes et les enfants ne restent pas sur cette montagne. Je pense qu’il y a vraiment urgence. On ne peut pas laisser les yézidis mourir une deuxième fois après la tragédie que ce peuple a vécue l’été dernier. On ne peut pas laisser cette montagne du Sinjar devenir un cimetière pour les yézidis.

Est-ce que vous sentez qu’au-delà de cet appel, la coalition se préoccupe de cette situation ou se concentre-t-elle sur d’autres cibles ?
La coalition est informée de ce qui se passe. Aujourd’hui, tous les satellites d’observation du monde scrutent avec attention tout ce qui se passe en Irak et particulièrement autour de Mossoul. L’enjeu, évidemment, est d'affaiblir, de combattre militairement l’État islamique. Les frappes aériennes y contribuent et je pense qu’il y a une évolution sur ce terrain-là. Néanmoins, on ne peut pas se contenter de combattre l’État islamique sans aider les populations civiles yézidis qui sont isolées sur le mont Sinjar. Je pense que l’urgence, c’est de rompre l’encerclement de ces milliers de civils qui se trouvent sur la montagne de Sinjar. Je pense qu’étant donné les forces mobilisées par la coalition, il est possible qu’elles interviennent très vite.

Récemment, le cardinal Barbarin, l’archevêque de Lyon, s’est rendu à Erbil, au Kurdistan irakien, pour rencontrer principalement les chrétiens irakiens. Pensez-vous que cette visite a pu avoir un impact, non seulement pour les chrétiens irakiens mais aussi, peut-être, pour ces yézidis ?
Je suis certain que cette visite a eu un impact très important, non seulement pour les chrétiens mais aussi pour tous les Irakiens. Je crois que les Irakiens, dans leur globalité, souffrent du sentiment d’avoir été oubliés et d’être les laissés-pour-compte du monde. Ils ont été victimes de beaucoup de guerres et ils ont l’impression que le monde les laisse à leur tragédie. Ceux qui nous touchent beaucoup, ce sont les plus anciens des Irakiens, à savoir les chrétiens que l’on vient voir et à travers eux, tous les Irakiens. Je crois que cette visite du cardinal Barbarin a touché, bien sûr, les chrétiens, les minorités d’Irak et plus largement, tous les Irakiens.

17/12/2014 17:34