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Eglise \ Vie de l'Eglise

Referendum : l'archevêque de Brazzaville appelle au dialogue

Représentation du président du Congo, Denis Sassou Nguesso dans les rues de Brazzaville, le 10 octobre dernier. - AFP

24/10/2015 17:58

(RV) Entretien - Ce dimanche, les Congolais sont appelés à se prononcer par referendum pour sur un projet de constitution qui permettrait au président Denis Sassou Nguesso, à la tête du pays depuis 31 ans, de se présenter, pour la troisième fois à la présidentielle de 2016. Ce scrutin est décrié par deux coalitions d’opposition. Elles dénoncent « un coup d’État constitutionnel ».

Dans le pays, tout rassemblement a été interdit et ceux qui ont néanmoins décidé de se mobiliser l’ont parfois payé de leur vie. Plusieurs personnes ont été tuées cette semaine à Brazzaville ou Pointe Noire, ce qui a poussé l’archevêque de Brazzaville à intervenir vendredi pour appeler au dialogue.

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Sa déclaration publique est un appel à la classe politique congolaise. Mgr Anatole Milandou déplore « le temps perdu », et exhorte à « sauver ce qui nous reste » : la cohésion nationale. Il demande aux forces politiques de revenir « au carrefour du dialogue » et d’y inviter « d'autres composantes de la société, en vue de trouver une issue heureuse et définitive à la crise actuelle », réitérant la disponibilité de l'Église pour suivre ce processus. « Dans la situation présente de notre pays, refuser de se parler, avec sincérité et avec désir de s'accorder, serait cynique, voire diabolique. Ce serait s'obstiner à s'enfermer sur soi-même, à s'engager dans une voie sans issue, dans un suicide collectif. »

Ci-dessous, l'appel de l'archevêque de Brazzaville à la classe politique congolaise 

« Chers compatriotes,

Mesdames et Messieurs,

C'est avec des sentiments mêlés de tristesse, d'angoisse, mais aussi d'espoir, voire de sursaut national que je m'adresse à vous aujourd'hui. En ma qualité de pasteur, en charge de l'Archidiocèse de Brazzaville, beaucoup  d'entre vous m'interpellent face à la situation que vit notre pays, m'invitant à prendre des initiatives pour amener les uns et les autres à un dialogue constructif.

Lors de la messe célébrée le 5 Juin dernier, j'invitais déjà toute la classe politique à "bâtir notre pays sur le roc de la réconciliation, de la justice et de la paix.

" Malheureusement, au-delà des interprétations et des analyses politico-sociales que chacun pourrait en faire, les événements que nous vivons en ce moment à travers le pays, montrent bien que je n'ai pas encore été entendu. Alors je me pose des questions: - Que voulons-nous faire de ce pays, de ce beau pays que nous avons reçu de Dieu, que nos ancêtres nous ont légué?

- Qu'est-ce qui ne va pas, qu'est-ce qui est brisé en nous, pour que nous ne soyons plus capables de bon sens, de retenue, de concession?

- Vivons-nous à mille lieux de la réalité quotidienne de nos compatriotes pour ne pas voir que nos populations sont fatiguées, plongées qu'elles sont dans les souffrances de toutes sortes, la désolation, la désespérance?

Chers compatriotes,

Mesdames et Messieurs,

C'est maintenant le moment de la conversion, de se remettre en question, de quitter les vues étriquées de l'égoïsme. Le temps est venu de penser enfin Nation, de penser Congo, tout le Congo, tous les Congolais. Nous avons déjà perdu beaucoup de temps, mais nous pouvons encore sauver ce qui nous reste: la cohésion nationale. C'est donc au carrefour du dialogue que je vous demande de revenir. Dans la situation présente de notre pays, refuser de se parler, avec sincérité et avec désir de s'accorder, serait cynique, voire diabolique - si vous me permettez cette expression. Ce serait s'obstiner à s'enfermer sur soi-même, à s'engager dans une voie sans issue, dans un suicide collectif.

La violence sous toutes ses formes, n'engendre que la violence. On sait comment elle commence, mais personne ne sait comment y mettre fin, encore moins comment recoudre les cœurs déchirés par la haine et la rancœur. Ainsi, en paraphrasant l'apôtre Paul et en me faisant le porte-parole de tous ceux et de toutes celles qui souffrent dans notre pays, je vous adresse du fond du coeur cette exhortation:" Laissez-vous réconcilier avec Dieu, avec vous-mêmes et avec vos frères!" (2 Cor 5, 20).

En communion avec mes confrères Evêques et les Responsables des Eglises sœurs, j'invite toute la classe politique à mettre en place un cadre de dialogue et de concertation, pouvant être élargi à d'autres composantes de la société, en vue de trouver une issue heureuse et définitive à la crise actuelle, et je réitère la disposition et la disponibilité de l'Eglise pour suivre ce processus. Je vous remercie d'avance pour vos bonnes dispositions. Que Dieu bénisse notre pays le Congo, que Dieu bénisse les Congolais, que Dieu vous bénisse!

Fait à Brazzaville, le 22 octobre 2015

Mgr Anatole Milandou »

 

 

 

24/10/2015 17:58