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François \ Activités

Le Pape à la Synagogue: la violence humaine va à l'encontre de toute religion

Le Pape et le Grand Rabbin de Rome Riccardo Di Segni, le 17 janvier 2016. - ANSA

17/01/2016 18:38

(RV) Des catacombes fouillées et des poubelles scellées. Quelque 800 policiers, soldats et carabiniers étaient chargés d'assurer la sécurité de la visite du Pape à la synagogue de Rome. François s’est rendu pour la première fois, dimanche 17 janvier 2016, au «Tempio maggiore», la grande synagogue de la capitale italienne, située dans le quartier du ghetto, au bord du Tibre. Il est le troisième Souverain Pontife à s'y être rendu après Jean-Paul II en 1986 et Benoît XVI en 2010. 1500 personnes ont été invitées à cet événement, suivi par 300 journalistes accrédités.

Accueilli et accompagné par la présidente de la communauté juive de Rome, Ruth Dureghello, et par le président de la communauté juive d’Italie, Renzo Gattegna, le Pape s’est arrêté devant deux plaques commémoratives: l'une rappelant la grande rafle d'octobre 1943, dans laquelle 1024 juifs avaient été déportés à Auschwitz. L'autre un attentat palestinien qui avait blessé 37 juifs romains en 1982 et causé la mort de Stefano Gay Taché, un enfant de deux ans, dont le Pape a rencontré la famille dimanche.

À l’entrée de la synagogue, le Grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a ensuite chaleureusement invité le Pape à entrer. Il a été applaudi et accueilli par des «shalom», «vive notre Pape» et des youyous Un chœur a interprété plusieurs psaumes. François a alors rencontré plusieurs survivants des camps d’extermination nazis. Il a pris le temps de saluer chacun. «Toda», merci en hébreu, l’a-ton entendu répondre parfois, souriant.

À la tribune, les présidents de la communauté juive d’Italie et de Rome se sont adressés au Pape, suivis du Grand rabbin de Rome. Puis François a pris la parole devant les membres de sa délégation composée notamment des cardinaux Koch et Kasper, le président et président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, ainsi que devant des rabbins venant de plusieurs pays d'Europe et de Terre sainte.

«Nos relations me tiennent vraiment à cœur», a commencé le Pape qui a évoqué ses visites fréquentes en diverses synagogues du temps où il était évêque de Buenos Aires. Les précisions de Marie Duhamel

Les juifs sont «nos frères ainés dans la foi». Trente ans après Jean-Paul II qui effectuait la première visite d’un pape dans la synagogue de Rome, François a souscrit à la «belle expression» de son prédécesseur. «Nous appartenons tous à une unique famille humaine», celle de Dieu. Ensemble, juifs et catholiques qui ont «des liens si particuliers», «inséparables», «en raison des racines juives du christianisme doivent se sentir frères, unis par le même Dieu, dotés d’un riche patrimoine spirituel commun». 50 ans après la déclaration de Nostra aetate, qui a rendu possible un dialogue systématique entre l’Église catholique et l’Hébraïsme, le Pape a rendu à nouveau grâce à Dieu, car «l’indifférence et l’opposition se sont muées en collaboration et bienveillance. D’ennemis et étrangers, nous sommes devenus amis et frères». 50 ans plus tard, le Pape a réaffirmé les racines juives du christianisme et sa condamnation de toute forme d’antisémitisme.

Des questions théologiques sont encore à «résoudre» et le Pape a encouragé ceux qui avec «persévérance et discernement» mèneront «d’ultérieures et nécessaires réflexions». «La dimension théologique du dialogue hébréo-catholique mérite d’être toujours plus approfondie»«Prions Dieu ensemble pour qu’il conduise notre chemin vers un futur bon, meilleur». Aujourd’hui, juifs et catholiques sont appelés à assumer «leur responsabilité commune» pour résoudre les problèmes de Rome et affronter ensemble les défis du monde.

«Une écologie intégrale est désormais prioritaire» : juifs et catholiques doivent offrir au monde le message de la Bible concernant la protection de la Création. Guerres, violences et injustices blessent profondément l’humanité et «nous appelle à redoubler d’efforts en vue de la paix et de la justice»«La violence de l’homme sur l’homme est une contradiction avec toute religion digne de ce nom […] La vie est sacrée, en tant que don de Dieu», «un Dieu de la vie» qui la promeut et la défend. Créé à son image, l’homme est tenu de faire de même.

«Chaque être humain est notre frère, indépendamment de son origine ou de sa confession». Le Pape plaide pour la bienveillance et rappelle que «ni la violence ni la mort n’auront le dernier mot face à Dieu». Rendant hommage aux six millions de victimes de la Shoah, «une inhumaine barbarie», et de la rafle de 1943 à Rome, le Pape souligne que le passé doit nous servir de leçon pour le présent et le futur. «La Shoah nous enseigne qu’il faut toujours rester extrêmement vigilant pour pouvoir intervenir immédiatement pour défendre la dignité humaine et la paix».

«Nous devons prier Dieu avec insistance afin qu’il nous aide en Europe, en Terre sainte, au Moyen-Orient en Afrique et dans toutes les autres parties du monde à mettre en pratique une logique de la paix, de la réconciliation, du pardon et de la vie».

Quand à la fin de son discours, le Pape a exprimé sa proximité aux survivants de la Shoah présents dans la synagogue, toutes les personnes présentes lors de cette rencontre se sont levées en standing ovation pour applaudir le Pontife.

(MD)

17/01/2016 18:38