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Le père Federico Lombardi, dernier directeur jésuite de Radio Vatican

Le père Federico Lombardi, directeur général de Radio Vatican, devant la fresque représentant les Papes de l'époque contemporaine. - ANSA

24/02/2016 15:59

(RV) Le dernier directeur jésuite de Radio Vatican tire sa révérence : le père Federico Lombardi quittera la radio du Pape le 1er mars. Il ne sera pas remplacé. Confiée aux jésuites depuis sa fondation, il y a plus de 80 ans, Radio Vatican va fusionner avec le Centre de Télévision du Vatican (CTV) et semble destinée à changer de nom. C’est une page qui se tourne. Mais avant de partir, le père Lombardi tient à livrer ses sentiments, parfois teintés d’amertume et de nostalgie. Interrogé par le service italien de Radio Vatican, Il évoque ces 25 dernières années à Radio Vatican et n’hésite pas à faire part de son point de vue sur la réforme en cours. Un testament en quelque sorte, dont voici les principaux points.

Une radio tournée vers les périphéries

Le père Lombardi redit son attachement aux émissions en ondes courtes, disant avoir toujours reçu avec une grande joie «les témoignages d’auditeurs qui vivaient dans des situations difficiles et réussissaient à nous faire parvenir un message de remerciement pour notre service», notamment en Afrique et en Europe orientale. Il a ainsi évoqué les 40 000 lettres reçues d’Ukraine dans la première année qui avait suivi la chute de l’URSS.

Bien que défenseur des ondes courtes, le père Lombardi estime qu’il est très clair «que les technologies de la communication ont ouvert de nouveaux espaces très importants, et aujourd’hui vitaux et prépondérants, Mais dans l’ADN de Radio Vatican, et de sa mission depuis les origines, et ensuite en particulier au temps de l’Église oppressée par les totalitarismes, surtout communistes», la priorité a toujours été «le service des chrétiens opprimés, des pauvres, des minorités en difficulté, plutôt que la soumission à l’impératif de la maximisation de l’audience, a rappelé le père Lombardi. Naturellement, la mesure de l’audience doit être prise en compte de façon adéquate, mais ce n’est pas tout. J’espère que cela ne sera pas oublié dans le futur, dans le discernement sur les évolutions de la communication vaticane. C’est un beau défi : comment vraiment prendre en compte les pauvres, comment combattre la culture de l’exclusion, dans le monde nouveau de la nouvelle communication.»

Le trésor du multilinguisme et du multiculturalisme

Il rappelle l’héritage culturel et humain que Radio Vatican doit offrir aux futurs organismes de la communication vaticane, «une richesse exceptionnelle de communication multi-linguistique et multiculturelle» avec presque «40 langues, dans une quinzaine d’alphabets différents». Pour le père Lombardi, il s’agit aussi d’une «expérience précieuse du point de vue écclésial», car «vivre à la radio est un école de l’universalité du catholicisme. Je remarque que cette richesse va être conservée, et je suis content que cela soit reconnu aussi dans les grandes lignes de la réforme.»

Les efforts de modernisation

Il évoque le «chemin de conversion» accompli par le personnel de Radio Vatican pour passer «des technologies et des organisations du travail d’autrefois à celles d’’aujourd’hui», saluant les efforts de «300 personnes dévouées et motivées, qui désirent continuer à s’engager pour le service du Saint-Siège avec leurs capacités humaines et professionnelles, et avec leur motivation ecclésiale. Elles doivent être accompagnées et valorisées autant qu’il est possible», insiste-t-il.

Concernant la restructuration en cours, le père Lombardi reconnaît que cette évolution est nécessaire, tout en rappelant que depuis les années 1990 Radio Vatican est pleinement entrée dans le monde de la communication digitale et du multimédia. «Nous n’avons plus seulement pensé à la production de programmes audio, mais nous avons aussi développé un grand site multilingue et la présence sur les réseaux sociaux». Le père Lombardi est resté attaché à l’appellation "Radio Vatican", mais «en réalité nous n’étions plus une radio dans le sens strict du terme, nous étions devenus un important centre de production d’informations et d’approfondissement multilinguistique et multiculturel, qui diffusait son service avec les technologies et les formes les plus appropriées, pour rejoindre le public dans les diverses parties du monde : comme l’avait fait Pie XI avec Marconi (ndlr, lors de la création de Radio Vatican en 1931), en utilisant les technologies les plus innovantes de l’époque, comme nous nous le faisons aujourd’hui.»

Changer de nom

Il a reconnu que le nom de Radio Vatican a pu alimenter les critiques sur le coût excessif de la structure , car il «laissait à penser que nous étions bloqués seulement dans la production de programmes audio pour la diffusion radiophonique traditionnelle», ce qui n’était plus vrai, comme on s’en rend compte en parcourant le site internet. Le changement de nom, prévu dans la réforme, permettra de lever cette équivoque. Il estime aussi qu’il est normal que de nouvelles générations poussent et portent ces évolutions. Selon lui, le rapprochement avec le CTV (Centre de Télévision du Vatican) est logique, mais le «défi de la réforme» sera de réussir à articuler ces deux organisations, de tailles et d’histoires très différentes.

Quelles économies possibles ?

Concernant les économies budgétaires, le père Lombardi a rappelé que Radio Vatican avait déjà, en 2003, procédé à 70 suppressions de postes. En dehors des réductions des activités de transmission en ondes courtes, et d’un effort possible de rationalisation et de coordination de certaines activités, il se montre sceptique quant à la possibilité de «faire des économies radicales sans renoncer à des activités importantes». Il rappelle que Radio Vatican joue un rôle important et parfois méconnu pour des enjeux aussi divers que la transmission audio des cérémonies, les traductions demandées par la Secrétairerie d’État, la documentation et les archives, ou encore la représentation du Vatican dans le monde des télécommunications et des diffuseurs internationaux. Tous ces coûts sont en partie incompressibles et resteront assumés par le Vatican, même s’ils n’entrent plus dans la comptabilité de Radio Vatican en tant que tel.

Des missions à redéfinir pour la Compagnie de Jésus

Concernant la position des jésuites, auxquels le Pape Pie XI avaient confié Radio Vatican depuis ses origines, le père Lombardi a rappelé que le personnel jésuite de la radio était rémunéré sur une base inférieure à celle du reste du personnel (sous forme non pas de salaires stricto sensu, mais d'indemnités versées à leur communauté), ce qui était une importante source d’économies. Il a précisé que le rôle ultérieur des jésuites dans la communication du Vatican restait à définir, «Radio Vatican n’existant plus», à terme. Mais pour le moment, les jésuites toujours en responsabilité à Radio Vatican «continuent à travailler sereinement avec leurs collègues, en assumant leurs responsabilités dans le domaine de l’activité rédactionnelle, informative et de communication sous la responsabilité de la direction des programmes», qui reste confiée à un jésuite polonais, le père Andrzej Majewski.

Les crises et les déceptions

Le père Lombardi revient aussi dans cet entretien sur deux épisodes douloureux : tout d’abord, la polémique sur la nocivité des ondes produites par le centre d’émissions de Santa Maria di Galeria, qui a surgi en 2001 et avait fait l’objet d’une intense médiatisation en Italie. «Il était dur d’être accusés d’avoir fait du mal, et même de tuer des enfants, mais nous avons surmonté l’épreuve avec responsabilité, patience, sérieux et compétence scientifique», affirme-t-il.

Il exprime aussi ses regrets concernant la «grave désillusion» de nombreux Nigérians suite à l’abandon du projet d’émissions en langue hausa, une langue du nord-est du Nigéria. «Il m’a été imposé de suspendre ce projet,  je me souviens que la préoccupation était que la radio "ne s’élargisse pas encore plus"… » «Pour moi ce fut une décision erronée, contraire à la compréhension d’une vraie nécessité humaine et ecclésiale, à laquelle nous pouvions donner une réponse modeste mais significative, d’attention et de soutien pour des populations pauvres et éprouvées», avoue le père Lombardi.

La radio était devenue sa "maison"

Le père Lombardi, qui a 73 ans, avait été provincial des jésuites italiens dans les années 1980, mais auparavant il avait aussi travaillé durant une dizaine d'années dans la presse écrite, à La Civilta Cattolica, la revue de référence de la Compagnie de Jésus. La radio l'a amené à découvrir un tout autre aspect du journalisme. De ses 25 ans de parcours à Radio Vatican, en tant que directeur des programmes de 1991 à 2005 puis directeur général de 2005 à 2016, il retient le souvenir fascinant de «l’horizon mondial de l’activité d’information de la radio, et la dimension internationale de la communauté de travail, avec 60 nationalités représentées dans le personnel, avec des cultures, des langues et des alphabets très différents».

Il rappelle que malgré ses autres responsabilités, notamment la direction de la Salle de presse depuis 2006, la radio était resté sa "maison". Il précise n’avoir jamais pensé à demander de quitter la direction de Radio Vatican. «C’est la mission pour laquelle mes supérieurs religieux m’ont invité à servir au Vatican. Je l’ai toujours considérée comme première et fondamentale, et je me suis toujours senti engagé à la fidélité au service des personnes qui m’avaient été confiées en premier.»

(CV)

24/02/2016 15:59