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Monde \ Culture

Le film "Spotlight" bouleverse de nombreux catholiques

L'équipe du film Spotlight recevant l'Oscar du meilleur film, le 28 février 2016. - REUTERS

01/03/2016 13:32

(RV) Le film Spotlight, qui suscite de nombreuses réactions dans l’Église depuis quelques semaines, a obtenu l’Oscar du meilleur film, le dimanche 28 février 2016, à Los Angeles.

Ce film américain retrace l’enquête du Boston Globe qui a mis à jour le scandale sans précédent qui a éclaboussé et bouleversé le diocèse de Boston en 2002. Une équipe de journalistes d’investigation a enquêté pendant 12 mois sur des allégations d’abus sexuels au sein de l’Église catholique. Obstinés, ils sont parvenus, non sans mal, à faire parler les victimes des prêtres agresseurs et à découvrir que l’institution avait protégé volontairement pendant des décennies les membres du clergé. Cette enquête a déclenché par la suite une vague de révélations dans le monde entier.

Parmi les réaction élogieuses remarquées cette semaine, celle de Lucetta Scaraffia, éditorialiste de L’Osservatore Romano, dans l’édition datée du lundi 29 février 2016. «Les prédateurs ne portent pas forcément l'habit ecclésiastique et la pédophilie ne dérive pas nécessairement du voeu de chasteté. Mais il est désormais clair que, dans l'Église, trop de gens se sont plus préoccupés de l'image de l'institution que de la gravité de l'acte», écrit Lucetta Scaraffia. «Tout cela ne peut justifier la faute gravissime de celui qui, représentant de Dieu, se sert de cette autorité pour abuser d'innocents: c'est bien raconté dans le film», estime la journaliste. «Le film convainc par sa trame. Et n'est pas un film anticatholique», assure-t-elle. Et pour Lucetta Scaraffia, l'appel au Pape François lancé pendant la cérémonie des Oscars «doit être vu comme un signal positif : il y a encore de la confiance dans l'institution et dans un pape qui poursuit le nettoyage entamé par son prédécesseur».

Une religieuse américano-canadienne, sœur Helena Burns, membre des Filles de Saint-Paul, qui est une critique de cinéma bien connue au Canada, a appelé à voir ce film. «Pourquoi voir ce film? Pour, en premier lieu, honorer les victimes, et deuxièmement pour comprendre comment la corruption – quel que soit sa forme – fonctionne, pour être vigilant et s’y opposer. PLUS JAMAIS.» Le service communication de l'Église catholique de Québec propose sur son site internet un important dossier consacré à ce film et aux nombreuses réactions qu'il suscite, notamment en Amérique du Nord.

Réaction bienveillante du Vatican

De nombreux responsables du Saint-Siège ont aussi exprimé leur intérêt. «Ce film, tous les évêques et les cardinaux, surtout les responsables des âmes, devraient le voir, parce qu’ils doivent comprendre que c’est la dénonciation qui sauvera l’Eglise, et pas l’omerta». C’est ce qu’avait affirmé à La Repubblica, le 18 février dernier, Mgr Charles Scicluna, archevêque de La Valette (Malte) et président du collège spécial visant à traiter, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), les recours de prêtres accusés de délit graves, à propos du film Spotlight. «Le film montre combien l’instinct, qui était malheureusement présent dans l’Eglise, de protéger la bonne réputation, était une grave erreur», a ajouté celui qui fut promoteur de justice de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 2002 à 2012, avant de rappeler: «il n’y a pas de miséricorde sans justice».

Mgr Giovanni Angelo Becciu, substitut pour les affaires générales de la Secrétairerie d’État, s’est exprimé lui ce mardi 1er mars 2016 dans les colonnes du Corriere della Sera, expliquant que la gestion calamiteuse de ces affaires par le diocèse de Boston jusqu’en 2002 n’a plus court aujourd’hui. «La première réaction, plutôt que de regarder l’horreur de ce qui venait d’arriver, était de "sauver" l’institution du scandale. Le transfert d’une paroisse à une autre était d’usage quand un prêtre tombait amoureux d’une femme. Mais là, il s’agissait de pervers, de prêtres à chasser!», a insisté l’archevêque, déplorant un aveuglement. Depuis, «nous avons retenu la leçon», a estimé le substitut de la Secrétairerie d’Etat. «Je ne crois pas qu’il existe au monde une institution sociale et politique comme l’Église qui s’est engagée partout à faire un grand nettoyage et à mettre en pratique toutes les méthodes pour prévenir d’autres abus».

Nouvelles impulsions, du sommet de l'Église vers les épiscopats nationaux

Interrogé par le service italien de Radio Vatican, le père jésuite Hans Zollner, membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs et président du Centre pour la protection des mineurs de l’Université pontificale Grégorienne, a rappelé que le cardinal Ratzinger, en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, puis en tant que Pape, «a fait de grands pas pour rendre l’Église une institution transparente et engagée dans la lutte contre les abus. Ensuite le Pape François a continué sur la ligne de Benoît XVI, en renforçant encore la législation de l’Église, instituant la Commission pontificale pour la protection des mineurs». Une démarche qui montre que «l’Église catholique, dans son leadership, se rend compte de la gravité de la situation et veut et doit continuer la lutte pour la justice et pour qu’il n’y ait plus de victimes des abus».

Certains épiscopats nationaux ont aussi réagi. Ainsi, le mois dernier, dans une note diffusée à l’occasion de la sortie du film Spotlight, la conférence épiscopale sud-africaine avait salué le rôle joué par les journalistes et les victimes pour démasquer la pédophilie dans l’Église. Les évêques d’Afrique du Sud ont créé une Commission d’experts qui a élaboré des normes rigoureuses pour s’assurer que les dénonciations soient traitées de manière responsable, transparente et dans le plein respect de la loi civile. Elle invite le clergé à évaluer attentivement les vocations au sacerdoce et à rester vigilant.

(CV avec agence I.MEDIA)

 

01/03/2016 13:32