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Le Pape en Arménie : des frères de foi réunis à la cathédrale d'Etchmiazdin

Le Pape François et le patriarche Karékine II se sont réunis pour une prière commune dans la cathédrale d'Etchmiazdin, à 15km de la capitale Erevan, première étape du voyage de François. - AP

24/06/2016 15:04

(RV) Le Pape François a commencé son voyage en Arménie par une visite à Etchmiazdin, le «Saint-Siège» de l’Église apostolique arménienne, situé à une quinzaine de kilomètres de la capitale Erevan.

Revêtu d’une simple étole arménienne, le Pape est entré dans la cathédrale accompagné par les fidèles, les prêtres et les évêques de l’Église apostolique et par le patriarche Karékine II, qui avait reçu le Pape à l’aéroport avec le président de la République. Karékine II avait rencontré le Pape François deux fois à Rome, lors de son intronisation en mars 2013, et lors de la messe de commémoration du martyre arménien en avril 2015.

Ce sont donc deux frères dans la foi qui se sont rencontrés cet après-midi, une fraternité qu’ils ont mise en évidence dans leurs interventions respectives..
Cyprien Viet

Les titulaires des sièges de Saint-Pierre et de celui des Saints-Apôtres Thaddée et Barthélémy réunis «pour prier et demander la paix pour nos fidèles et pour le monde entier, un esprit raffermi de charité et de fraternité et une coopération fructueuse entre nous» : c’est ainsi que Karékine II a défini le sens de cette prière commune. «Alors que les crises spirituelles, politiques, économiques et humanitaires ne cessent de s’amplifier, la prière commune et la coopération des Églises sœurs (…) doivent être privilégiées afin de garantir dans le monde les bons fruits que sont le droit à la sûreté et à une existence décente.»

L’indépendance de l’Arménie a redonné son élan à l’Église apostolique. «Notre Église vit une période de réveil spirituel dans le cadre de notre État souverain», s’est réjoui Karékine II. «Elle peut aujourd’hui poursuivre au sein de notre peuple la mission que lui avait confiée le Seigneur.»

En réponse au chef de l’Église apostolique arménienne, le chef de l’Église catholique a rappelé que «la foi au Christ n’a pas été pour l’Arménie comme un vêtement que l’on peut mettre ou retirer selon les circonstances ou les convenances, mais une réalité constitutive de son identité même, un don d’une immense portée à accueillir avec joie et à garder avec application et force, au prix de la vie elle-même».

François a retracé les différentes étapes du dialogue entre les deux Églises, notamment la Déclaration commune signée en 2001 par Jean-Paul II et Karékine II, définissant ces efforts comme «une lumière resplendissante dans une nuit obscure et un appel à vivre dans la charité et dans la compréhension mutuelle même les différences».

Ce vendredi soir, après son passage au Palais présidentiel, le Pape va rentrer à Etchmiadzin pour une nouvelle rencontre avec Karékine II et les 45 évêques de l’Église apostolique arménienne. Le Pape dinera et dormira sur place durant tout son séjour, un signe fort d’hospitalité œcuménique. «Merci, Sainteté, de m’avoir accueilli dans votre maison, a-t-il lancé à Karékine II. Beaucoup plus que des paroles, ce signe d’amour dit, de manière éloquente, ce que signifient l’amitié et la charité fraternelle

(BH-CV)

Texte intégral des saluts du Saint-Père et du Patriarche Karékine II à la cathédrale d'Etchmiazdin

Salut du Saint-Père:

Frère vénéré,

Patriarche Suprême et Catholicos de tous les Arméniens,

Très chers frères et sœurs dans le Christ !

avec émotion j’ai franchi le seuil de ce lieu sacré, témoin de l’histoire de votre peuple, centre rayonnant de sa spiritualité ; et je considère comme un don précieux de Dieu de pouvoir m’approcher du saint Autel à partir duquel a brillé la lumière du Christ en Arménie. Je salue le Catholicos de tous les Arméniens, Sa Sainteté Karekin II, que je remercie  de tout cœur pour l’heureuse invitation à venir visiter la sainte Etchmiadzin, les Archevêques et les Evêques de l’Eglise apostolique Arménienne, et je vous remercie tous pour l’accueil cordial et joyeux que vous m’avez offert. Merci, Sainteté, de m’avoir accueilli dans votre maison. Beaucoup plus que des paroles, ce signe d’amour dit, de manière éloquente, ce que signifient l’amitié et la charité fraternelle.

En cette occasion solennelle je rends grâce au Seigneur pour la lumière de la foi allumée sur votre terre, la foi qui a conféré à l’Arménie son identité particulière et qui l’a rendue messagère du Christ parmi les Nations. Le Christ est votre gloire, votre lumière, le soleil qui vous a illuminés et qui vous a donné une vie nouvelle, qui vous a accompagnés et soutenus, surtout dans les moments de plus grande épreuve. Je m’incline devant la miséricorde du Seigneur, qui a voulu que l’Arménie devienne la première Nation, depuis l’année 301, à accueillir le christianisme comme sa religion, en un temps où, dans l’empire romain, les persécutions faisaient encore rage.

La foi au Christ n’a pas été pour l’Arménie comme un vêtement que l’on peut mettre ou retirer selon les circonstances ou les convenances, mais une réalité constitutive de son identité même, un don d’une immense portée à accueillir avec joie et à garder avec application et force, au prix de la vie elle-même. Comme l’a écrit saint Jean-Paul II, « avec le “Baptême” de la communauté arménienne […] naît une identité nouvelle du peuple, qui deviendra une partie constitutive et inséparable du fait d’être Arménien. Il ne sera plus possible de penser à partir de ce moment que, parmi les composantes de cette identité, ne figure pas la foi dans le Christ en tant qu’élément constitutif essentiel » (Lett. ap. pour le 1700ème anniversaire du Baptême du peuple arménien, 2 février 2001, n. 2). Que le Seigneur vous bénisse pour ce témoignage lumineux de foi, qui montre de manière exemplaire la puissante efficacité et fécondité du Baptême reçu il y a plus de 1700 ans, avec le signe éloquent et saint du martyre, qui est resté un élément constant de l’histoire de votre peuple.

Je remercie le Seigneur aussi pour le chemin que l’Eglise Catholique et l’Eglise Apostolique Arménienne ont accompli à travers un dialogue sincère et fraternel, dans le but de parvenir au partage plénier de la Table Eucharistique. Que l’Esprit Saint nous aide à réaliser cette unité pour laquelle je prie Notre Seigneur, pour que ses disciples soient une seule chose et que le monde croie. J’aime rappeler ici l’impulsion décisive donnée à l’intensification des relations et au renforcement du dialogue entre nos deux Eglises, dans les temps récents, par leurs Saintetés Vasken I et Karekin I, par saint Jean Paul II et par Benoît XVI. Parmi les étapes particulièrement significatives de cet engagement œcuménique je rappelle la commémoration des Témoins de la foi au XXème siècle, dans le cadre du Grand Jubilé de l’année 2000 ; la remise à Votre Sainteté de la relique du Père de l’Arménie chrétienne saint Grégoire l’illuminateur pour la nouvelle cathédrale de Yerevan ; la Déclaration commune de Sa Sainteté Jean Paul II et de Votre Sainteté, signée ici dans la Sainte Etchmiadzin ; et les visites que Votre Sainteté a accomplies au Vatican à l’occasion d’importants événements et commémorations.

Le monde est malheureusement marqué par des divisions et des conflits, comme aussi par de graves formes de pauvreté matérielle et spirituelle, y compris l’exploitation des personnes, même d’ enfants et de personnes âgées ; et il attend des chrétiens un témoignage d’estime réciproque et de collaboration fraternelle, qui fasse resplendir devant toute conscience la puissance et la vérité de la résurrection du Christ. L’engagement patient et renouvelé vers la pleine unité, l’intensification des initiatives communes et la collaboration entre tous les disciples du Seigneur en vue du bien commun, sont comme une lumière resplendissante dans une nuit obscure et un appel à vivre dans la charité et dans la compréhension mutuelle même les différences. L’esprit œcuménique prend une valeur exemplaire aussi au-delà des limites visibles de la communauté ecclésiale, et représente pour tous un rappel fort à concilier les divergences par le dialogue et la valorisation de ce qui unit. De plus, il empêche l’instrumentalisation et la manipulation de la foi, parce qu’il oblige à en redécouvrir les authentiques racines, à communiquer, à défendre et à propager la vérité dans le respect de la dignité de tout être humain et d’une manière qui fait transparaître la présence de cet amour et de ce salut que l’on veut répandre. On offre de cette manière au monde - qui en a l’urgent besoin – un témoignage convaincant que le Christ est vivant et agissant, capable d’ouvrir toujours des voies nouvelles de réconciliation entre les Nations, les civilisations et les religions. On atteste et on rend crédible que Dieu est amour et miséricorde.

Chers frères, quand notre agir est inspiré et mû par la force de l’amour du Christ, la connaissance et l’estime réciproque grandissent, de meilleures conditions sont créées pour un chemin œcuménique fructueux et, en même temps, on montre à toute personne de bonne volonté et à la société tout entière une voie concrète qui peut être parcourue pour harmoniser les conflits qui déchirent la vie civile et creusent des divisions difficiles à guérir. Que Dieu Tout-Puissant, Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, par l’intercession de Marie Très Sainte, de Saint Grégoire l’Illuminateur, « colonne de lumière de la Sainte Eglise des Arméniens », et de saint Grégoire de Narek, Docteur de l’Eglise, vous bénisse tous et toute la Nation arménienne et qu’il la garde toujours dans la foi qu’elle a reçue des pères et dont elle a glorieusement témoigné au cours des siècles.

 

Salut du Patriarche Karékine II:

Votre Sainteté, cher frère en Christ,

Nous rendons grâce et glorifions Dieu de pouvoir, aujourd’hui, en cette sainte cathédrale où est descendu le Fils unique, accueillir d’un salut fraternel et par un temps de prière Votre Sainteté et la délégation qui vous accompagne.

Nous sommes  sensible au fait que vous ayez répondu positivement à notre invitation et accepté de venir en Arménie et au Saint-Siège d’Etchmiadzine.

Cet antique sanctuaire est le témoin mystérieux de la sainte alliance qui lie notre peuple au Seigneur. En ce lieu sacré, est descendu Jésus- Christ et, de sa sainte dextre, il a fondé Saint Etchmiadzine, le « Saint des saints » pour tous les Arméniens.

Par la miséricorde divine et par la vision du second Illuminateur des Arméniens, le saint patriarche Grégoire, l’égal aux apôtres, et grâce à ses efforts inlassables, les lumières allumées dans le cœur des fils et filles de notre nation par la prédication des saints apôtres Thaddée et Barthélémy ont été ravivées.

              Depuis ce jour, la lumière qui rayonne depuis saint Etchmiadzine unit notre peuple autour de l’Ararat sur lequel repose l’arche, au cœur de sa patrie, autour de ses valeurs et de son histoire.

Nous sommes heureux qu’aujourd’hui, en ce sanctuaire, nous soyons unis, nous qui sommes  les titulaires des sièges de Saint Pierre et des Saints Apôtres Thaddée et Barthélémy pour prier et demander la paix pour nos fidèles et pour le monde entier, un esprit raffermi de charité et de fraternité et une coopération fructueuse entre nous.

En cet instant précis, nous nous souvenons chaleureusement de la visite en Arménie en 2001 du saint Pape Jean-Paul II à l’occasion du 1700ème anniversaire de l’adoption du christianisme comme religion d’Etat. C’était la première visite d’un titulaire du siège de saint Pierre dans notre pays. Elle constitua un véritable aiguillon pour la coopération fraternelle qui unit nos Eglises.

Vous avez, vous aussi, apporté une importante contribution au renforcement des relations fraternelles de nos Eglises en manifestant avec chaleur, à diverses périodes de votre ministère, un attachement tout particulier à notre peuple et à l’Eglise d’Arménie.

La visite de votre Sainteté est un nouveau témoignage de la fraternité et de la coopération qui lient nos Eglises et qui renforcent réciproquement les fidèles arméniens apostoliques et catholiques et nous rendent un peu plus optimistes sur le fait que nos témoignages de foi forgés par la charité chrétienne vont se manifester de manière plus éclatante.

Les fils et filles de notre peuple se souviennent avec reconnaissance de la messe solennelle que vous avez célébrée en la basilique saint Pierre du Vatican en souvenir des victimes du Génocide des Arméniens et votre allocution qui condamnait le Génocide.

Nous remercions Dieu car ici,  aujourd’hui, avec votre Sainteté, avec les fidèles de l’Eglise catholique, avec de très nombreux fils et filles du peuple arménien venus de divers pays à l’occasion de votre visite, à l’unisson avec notre peuple d’Arménie, nous allons pouvoir prier et demander l’intercession des martyrs du Génocide des Arméniens qui ont été récemment sanctifiés. Leur sang n’a pas été versé pour la victoire de notre seule foi, mais de celle de l’ensemble du monde chrétien. C’est ce que dit saint Paul lorsqu’il  affirme « Et tout cela, c’est pour vous, afin que la grâce, plus largement répandue dans un plus grand nombre, fasse abonder l’action de grâce pour la gloire de Dieu (Deuxième lettre de Paul aux Corinthiens, 4- 15).

Après avoir subi les dévastations provoquées par le Génocide et les années d’athéisme de la période soviétique, notre Eglise vit une période de réveil spirituel dans le cadre de notre Etat souverain. Elle peut aujourd’hui poursuivre au sein de notre peuple la mission que lui avait confié le Seigneur. Notre Eglise participe également à la vie œcuménique, pleinement convaincue que plus que jamais,  alors que les crises spirituelles, politiques, économiques et humanitaires ne cessent de s’amplifier, la prière commune et la coopération des Eglises sœurs au nom de la mission de la sainte Eglise du Christ, de la préservation des valeurs spirituelles et morales, de l’approfondissement de l’amour du prochain, doivent être privilégiées afin de garantir dans le monde les bons fruits que sont le droit à la sûreté et à une existence décente.

            Je  prie le Christ pour l’inébranlabilité et la splendeur de l’Eglise, pour l’affermissement de l’esprit d’amour et de concorde que le Seigneur nous a légué et le renforcement de la paix dans le monde. Je souhaite à votre Sainteté le soutien du Seigneur, de nombreuses années d’une bonne santé, un ministère fructueux pour la splendeur de L’Eglise catholique romaine et pour la consolation de ses fidèles.

Vous êtes le bienvenu en ce pays biblique d’Arménie et au Saint-Siège d’Etchmiadzine.

Que la miséricorde de notre Seigneur et Sauveur le Christ Jésus, ses grâces et sa bénédiction soient sur nous et sur tous. Amen.

 

 

24/06/2016 15:04