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Eglise \ Vie de l'Eglise

Obsèques du père Jacques Hamel : l'amour comme réponse à la haine

Mgr Lebrun préside les obsèques du père Jacques Hamel, le 2 août 2016. - REUTERS

02/08/2016 15:54

(RV) Un dernier hommage empreint de simplicité et de ferveur émue : les obsèques du père Jacques Hamel, 85 ans, assassiné alors qu’il célébrait la messe dans l’église paroissiale de Saint-Étienne-du-Rouvray, se sont tenues ce mardi après-midi, 2 août 2016, en la cathédrale de Rouen.

Obsèques présidées par Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, en présence de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et des Cultes, de Laurent Fabius, ancien ministre des Affaires étrangères, des représentants des autorités locales et régionales, des membres des communautés juives et musulmanes, ainsi que des représentants de plusieurs Églises chrétiennes.

Plusieurs milliers de personnes, fidèles et anonymes, ont également fait le déplacement, afin d’accompagner le père Jacques dans la dernière étape de son pèlerinage terrestre.

Un simple cercueil en bois posé sur un tapis, entouré de cierges blancs,  recouvert de l’aube et de l’étole du père Jacques, dans une splendide cathédrale gothique, remplie de prêtres, de fidèles et de simples anonymes. «Des funérailles comme il ne les aurait pas aimées, dans une église solennelle, sous les caméras», a déclaré Mgr Lebrun… «et, en même temps, des funérailles comme il les aurait aimées : ensemble, prêts à communier davantage, attentifs les uns aux autres, sans exclure personne».

Au début de la messe, un prêtre du diocèse de Rouen, la sœur et une de ses nièces du père Hamel se succèdent à l’ambon, pour rappeler, avec une indicible émotion, sa bonté, sa simplicité, sa vie donnée au service du partage, sa foi inébranlable.

«Le mal est un mystère», a affirmé Mgr Lebrun dans son homélie, «mais il n’a pas le dernier mot… Et la mort brutale, violente, du père Hamel convoque à un "oui franc", un "oui" pour la vie.» «Il ne s’agit pas d’excuser les assassins, ceux qui pactisent avec le diable, il s’agit d’affirmer avec Jésus que tout homme, toute femme, toute personne humaine peut changer son cœur avec sa grâce. Nous recevons ainsi la parole de Jésus qui peut sembler au-delà de nos forces aujourd’hui : "Eh bien ! moi, je vous le dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent."»

Et Mgr Lebrun de lancer une invitation à tous les baptisés présents dans la cathédrale : «nous vous invitons à visiter une église dans les jours qui viennent, pour dire votre refus de voir souiller un lieu saint, pour affirmer que la violence ne prendra pas le dessus dans votre cœur, pour en demander la grâce à Dieu ; nous vous invitons à déposer une bougie dans cette église, signe de résurrection, à vous y recueillir, à ouvrir votre cœur dans ce qu’il a de plus profond ; si vous le pouvez à prier, à supplier.»

Supplier le Seigneur d’accorder au monde la paix et la justice : tout ce pour quoi avait œuvré le père Hamel, le Serviteur fidèle de l’Evangile, qui est désormais entré dans la joie de son Maître. 

À l'issue de la cérémonie, le père Hamel devait être inhumé «dans la plus stricte intimité familiale», dans un lieu tenu secret. 

Texte complet de l'homélie prononcée par Mgr Lebrun :

«Dieu est impartial, dit l’apôtre Pierre : Il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes.

Chers amis,

Le prêtre Jacques Hamel n’a plus à craindre Dieu. Il se présente à lui avec ses œuvres justes. Bien sûr, nous ne sommes pas juges du cœur de notre frère. Mais tant de témoignages ne peuvent tromper ! Le père Jacques Hamel avait un cœur simple. Il était le même en famille, avec ses frères et sœurs, avec ses neveux et nièces, au milieu de sa ville avec ses voisins, dans sa communauté chrétienne avec les fidèles.

58 ans de sacerdoce ! Cinquante-huit ans au service de Jésus comme prêtre, c’est-à-dire serviteur de sa Parole, de son eucharistie, et de sa charité. Je me sens tout petit. De Jésus, saint Pierre dit que «Là où il passait, il faisait le bien». Jacques, tu as été un fidèle disciple de Jésus. Là où tu es passé, tu as fait le bien.

À Pâques dernier, Jacques, tu écrivais pour tes paroissiens : «Christ est ressuscité, c’est un mystère, comme un secret, une confidence que Dieu nous donne à partager». Peut-être ce mystère, ce secret, cette confidence au sujet du Christ ressuscité, trouve-t-elle sa racine dans l’expérience de la mort côtoyée en Algérie dont ta famille nous rappelle le souvenir. Peut-être ce mystère, ce secret, cette confidence est-elle en train de gagner des cœurs dans notre assemblée : oui, Christ est ressuscité. La mort n’a pas le dernier mot.

Pour toi, Jacques, la résurrection de Jésus n’est pas une leçon de catéchisme, c’est une réalité, une réalité pour notre cœur, pour le secret du cœur, une réalité en même temps, à partager aux autres, comme une confidence. Et Dieu sait si, devant la réalité de ta mort aussi brutale qu’injuste et horrible, il faut puiser dans le fond de nos cœurs pour trouver la lumière.

Frères et sœurs, soyons vrais avec nous-mêmes. Vous connaissez l’histoire de Jésus qu’aucun historien ne peut qualifier de fable. Pierre dit l’essentiel : Jésus de Nazareth, homme juste et bon, «guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui … puis Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité  le troisième jour. Il lui a donné de se manifester …»

Frères et sœurs, soyons simples et vrais avec nous-mêmes. C’est dans notre cœur, dans le secret de notre cœur que nous avons à dire «oui» ou «non» à Jésus, «oui» ou «non» à son chemin de vérité et de paix ; «oui» ou «non» à la victoire de l’amour sur la haine, «oui» ou «non» à sa résurrection.

La mort de Jacques Hamel me convoque à un oui franc, non pas, non plus un oui tiède. Un «oui» pour la vie, comme le «oui» de Jacques à son ordination. Est-ce possible ? A chacun de répondre. Dieu ne nous force pas … Dieu est patient … Dieu est miséricordieux. Même quand, moi Dominique, j’ai dit non à l’amour … même quand j’ai dit à Dieu, «je verrai plus tard», même quand je l’ai oublié, Dieu m’attend car il est infinie miséricorde. Mais aujourd’hui, le monde peut-il attendre encore la chaîne de l’amour qui remplacera la chaîne de la haine ?

Faudra-t-il d’autres tueries pour nous convertir à l’amour, et à la justice qui construit l’amour ? La justice et l’amour entre les personnes et les peuples, de quelque côté de la méditerranée ils se situent. Trop de morts au Moyen-Orient, trop de morts en Afrique, trop de morts en Amérique ! Trop de morts violentes, cela suffit !

Le mal est un mystère. Il atteint des sommets d’horreur qui nous font sortir de l’humain. N’est-ce pas ce que tu as voulu dire, Jacques, par tes derniers mots ? Tombé à terre à la suite de premiers coups de couteau, tu essaie de repousser ton assaillant avec tes pieds, et tu dis : «Va-t’en, Satan» ; tu répètes : «Va-t’en, Satan». Tu exprimais alors ta foi en l’homme créé bon, que le diable agrippe. «Jésus guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable» dit l’Évangile.

Il ne s’agit pas d’excuser les assassins, ceux qui pactisent avec le diable, il s’agit d’affirmer avec Jésus que tout homme, toute femme, toute personne humaine peut changer son cœur avec sa grâce. Nous recevons ainsi la parole de Jésus qui peut sembler au-delà de nos forces aujourd’hui : «Eh bien ! moi, je vous le dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent.»

Vous que la violence diabolique tourmente, vous que la folie meurtrière démoniaque entraîne à tuer, laissez votre cœur, que Dieu a façonné pour l’amour, prendre le dessus ; souvenons-nous de notre maman qui nous a donné la vie ; priez Dieu de vous libérer de l’emprise du démon. Nous prions pour vous, nous prions Jésus «qui guérissait ceux qui étaient sous le pouvoir du mal».

Roselyne, Chantal, Gérald et vos familles, le chemin est dur. Permettez que je vous dise mon admiration et celle de beaucoup d’anonymes pour votre dignité. Votre frère, votre oncle était un appui. Il continue de l’être. Il ne m’appartient pas de déclarer «martyr» le père Jacques. Mais comment ne pas reconnaître la fécondité du sacrifice qu’il a vécu, en union avec le sacrifice de Jésus qu’il célébrait fidèlement dans l’Eucharistie ? Les paroles et les gestes nombreux de nos amis musulmans, leur visite sont un pas considérable.

Je me tourne aussi vers vous, communauté catholique. Nous sommes blessés, atterrés mais pas anéantis. Je me tourne vers vous les baptisés de notre Église catholique, surtout si vous ne venez pas souvent à l’église, si vous en avez oublié le chemin. Avec Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, à mes côtés, je vous lance un appel aussi simple, comme un premier pas, aussi simple que la vie du Père Jacques Hamel :

En hommage au père Hamel, nous vous invitons à visiter une église dans les jours qui viennent, pour dire votre refus de voir souiller un lieu saint,
pour affirmer que la violence ne prendra pas le dessus dans votre cœur, pour en demander la grâce à Dieu. Nous vous invitons à déposer une bougie dans cette église, signe de résurrection, à vous y recueillir, à ouvrir votre cœur dans ce qu’il a de plus profond ; si vous le pouvez à prier, à supplier.
Le 15 août serait un jour propice. La Vierge Marie vous y accueillera avec tendresse. Souvenons-nous de notre maman.

Dieu, ne reste pas insensible à la détresse de tes enfants qui se tournent vers toi !

Dieu, poursuis dans nos cœurs ce que ton Fils Jésus a commencé !

Dieu, merci pour ton fils Jacques : console sa famille et fais lever parmi nous, parmi les jeunes des JMJ, de nouveaux prophètes de ton amour ! Amen !»

(CV-diocèse de Rouen)

02/08/2016 15:54