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François \ Activités

Le Pape François raconte ses voyages dans un livre

Le Pape François atterrissant à l'aéroport de Malmo, en Suède, le 1er novembre 2016. - AFP

08/01/2017 14:05

(RV) «En voyage», l’intitulé d’un nouveau livre d’entretien accordé par le Pape au vaticaniste Andrea Tornielli, journaliste à La Stampa et responsable du site Vatican Insider. Il sera publié ce mardi 10 janvier 2017 en italien aux éditions Piemme (18 euro). Dans cet ouvrage, un journal de bord, le Pape évoque ses différents voyages apostoliques en Italie et de par le monde : les îles de Lampedusa ou de Lesbos, le Brésil, la Centrafrique, le Mexique ou la Terre Sainte. Ce journal de bord s’ouvre par une interview dont le journal italien publie quelques extraits ce dimanche 8 janvier 2017.

Un Pape routinier

Aimez-vous voyager ? Sincèrement non, répond le Pape. Cela ne lui a jamais plus. D’ailleurs lorsqu’il était à Buenos Aires, il ne venait à Rome que «lorsque c’était nécessaire». Pour un évêque, son diocèse est son «épouse», et il n’a jamais aimé s’en éloigner. Le Pape se dit «routinier». Pour lui, être en vacances signifie avoir un peu plus de temps pour prier et pour lire. Il dit n’avoir jamais eu besoin de changer d’air ou d’atmosphère pour se reposer. En somme, il n’avait jamais imaginé autant voyager.


Ses premiers voyages
Son premier voyage n’était pas au programme. Il n’avait pas été officiellement invité sur l’île italienne de Lampedusa, mais «il a senti qu’il devait s’y rendre». Les nouvelles sur les migrants l’avaient secoué. Il était important d’y aller. Il y a également constaté la générosité des insulaires.
Il s’est ensuite rendu au Brésil pour les JMJ de Rio, premier retour en Amérique latine. Un voyage prévu, puis il a reçu une, deux, trois invitations. Alors «j’ai simplement dit ‘oui’. Je me suis laissé porter». Aujourd’hui, le Pape ressent la nécessité de voyager à la rencontre des églises, «pour encourager les germes d’espérance».

Fatiguant ?
Bien sûr, les déplacements sont éprouvants, surtout au niveau psychologique, mais «pour l’instant, je gère», confie François. «J’aurais besoin de plus de temps pour lire et me préparer», car un voyage rappelle-t-il, ce ne sont pas que les journées passées dans le pays hôte. De retour au Vatican, le Pape prend un jour de repos, mais il revient dit heureux de tous ces voyages, enrichi par les rencontres et les images qu’il rapporte dans ses bagages. «Je me dis toujours : ça en valait la peine».

Aller à l’essentiel
Avez-vous apporter quelques changements aux agendas des voyages pontificaux ? Pas grand-chose, les déjeuners officiels. François juge naturel que les autorités locales ou les évêques souhaitent fêter leur invité. Du reste, le Pape dit n’avoir «rien contre un déjeuner en bonne compagnie» ; les récits de repas partagés abondent dans l’Évangile. Cependant lorsque l’agenda est très plein, il préfère manger simplement et rapidement.

L’enthousiasme des foules
«Hosanna !» Voilà ce que se dit le Pape lorsqu’il voit tant de personnes positionnées depuis des heures sur les routes qu’emprunte sa papamobile à l’étranger. Puis, dans un second moment, il songe à une phrase du cardinal Albino Luciani longuement applaudi par un groupe de servants de messe:  «Pouvez-vous imaginer que l’âne sur lequel était assis Jésus lorsqu’il entra en triomphe dans Jérusalem puisse imaginer une seconde que tous ces applaudissements furent pour lui ? » 
«Le Pape doit être conscient qu’il ‘porte’ Jésus, qu’il témoigne de la proximité et de la tendresse de Jésus à toutes les créatures, et en particulier à celles qui souffrent.» A ceux qui crient «vive le Pape», François a plusieurs fois recommandé de crier «vive Jésus». Il le rappelle ici.

La paternité des Papes
François se remémore également une conversation entre Paul VI et Jean Guitton. Le Pape confiait au philosophe français que la «dignité» d’un pape la plus «enviable» était la paternité. Selon le Pape bienheureux, cette paternité est «un sentiment qui envahit l’esprit et le cœur et qui nous accompagne à chaque heure du jour ; un sentiment qui ne peut décroître, mais qui au contraire grandit parce que grandit le nombre des fils ; un sentiment qui ne fatigue pas, mais qui repose de toute fatigue. Jamais, à aucun moment, je me suis senti fatigué quand j’ai levé la main pour bénir. Je ne me fatiguerais jamais de bénir ou de pardonner». Des propos tenus par Paul VI à son retour d’Inde. Selon François «ces paroles expliquent pourquoi les Pape de l’époque contemporaine ont décidé de voyager».


Les voyages les plus mémorables ?
L’enthousiasme des jeunes de Rio qui lui lançaient 'de tout' dans la papamobile, et cet enfant qui a réussi à se faufiler et à l’y rejoindre pour l’embrasser. Il se souvient des catholiques, mais aussi des musulmans et des hindous qui l’ont, tous ensemble « comme membre d’une unique famille », accueillis dans le sanctuaire sri lankais de Madhu. Il évoque l’accueil des Philippins, de ces pères de famille portant leur enfant à bout de bras comme pour dire «voilà mon trésor, mon futur, mon amour, voilà pourquoi cela vaut la peine de travailler et faire des sacrifices». Le Pape se souvient en particulier des personnes handicapées philippines. «Leurs parents ne les cachaient pas, mais les poussaient en avant pour qu’elles soient bénies». Le Pape se souvient de la pluie battante à Tacloban où, muni de son kway jaune, il célébra la messe pour les milliers de victimes du cyclone Hayan. Et ces fidèles tout mouillés qui ne perdaient pas le sourire.

Comment se souvenir de ces personnes rencontrées ? «Je les porte dans mon cœur. Je prie pour elles, pour les situations difficiles en raison desquelles je les ai rencontrées. Je prie pour que se résorbent les inégalités vues de mes yeux.» 


Une Europe délaissée ?
Pourquoi si peu de voyages en Europe ? Il y a eu cinq heures passées à Lesbos en Grèce pour rencontrer des réfugiés avec ses frères orthodoxes Bartholomée et Hyéronimos. Avant cela, le Pape s’est rendu au Parlement européen et au Conseil de l’Europe. Il convient d’un déplacement au sein d’institutions et non de pays. Puis François a voyagé en Albanie et en Bosnie, des pays européens bien qu’ils ne soient pas membres de l’Union européenne.
«J’ai préféré privilégier des pays dans lesquels je peux apporter une petite aide, encouragé ceux qui, malgré les difficultés et les conflits, travaillent pour la paix et l’unité. Des pays qui sont, ou ont été, en graves difficultés. Cela ne signifie pas que je n’accorde pas d’attention à l’Europe que j’encourage, comme je le peux, à redécouvrir et à mettre en pratique ses racines les plus authentiques, ses valeurs. Je suis convaincu que ce ne seront pas les bureaucraties et les instruments de la haute finance qui nous sauveront de la crise actuelle et résoudront les problèmes posés par l’immigration.» Pour le Pape, l’immigration est l’urgence la plus importante pour l’UE depuis la Seconde Guerre mondiale
 

Sécurité 
Lors de cet entretien, le Pape remercie enfin les gendarmes et les gardes suisses pour s’être adaptés à son style peu protocolaire. Il maintient qu’il ne peut être un pasteur et un père derrière les vitres blindées d’une papamobile fermée. «Je suis peu être inconscient, mais je n’éprouve aucune peur pour ma personne». S’il craint quelque chose, c’est pour ces foules qui se déplacent pour une rencontre papale ou une célébration. «Il y a toujours le danger qu’un fou agisse». Mais bien sûr, «il y a toujours le Seigneur».

(MD)

08/01/2017 14:05