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La lutte contre la lèpre, un enjeu de guérison et de réinsertion

Dans une léproserie de New Delhi, en Inde. - AP

28/01/2017 17:29

(RV) Ce dimanche 29 janvier marque la 64e Journée mondiale de lutte contre la lèpre. Cette maladie touche encore de nombreuses personnes dans certaines régions de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud. À cette occasion, le préfet du dicastère pour le Service du Développement humain, a écrit un message sur le thème :"Éradication de la lèpre et réinsertion des personnes atteintes de la maladie de Hansen : un défi qui n’est pas encore gagné."

La lèpre, outre de graves problèmes de santé et des mutilations, porte avec elle une autre grave condamnation : la discrimination sociale envers celui qui en est frappé, aussi après la guérison. La lutte contre la lèpre implique au niveau planétaire de nombreux organismes nationaux et internationaux, avec l’Église catholique en première ligne. Ceci a permis de faire des pas notables en avant dans le soin de la maladie, aussi si on enregistre encore aujourd’hui 200 000 nouveaux cas chaque année, et que donc il reste beaucoup à faire, remarque le cardinal Turkson.

Le préfet de ce nouveau dicastère exhorte les leaders de toutes les religions à contribuer à l’élimination des discriminations à l’encontre des personnes frappées par la lèpre. Il faut agir sur deux plans : l’aspect sanitaire, avec de nouveaux médicaments et de meilleurs instruments de diagnostic, et celui de la réinsertion, avec des politiques sociales que les gouvernements devraient mettre au point pour impliquer les personnes malades. Il faut donc réintégrer les personnes guéries dans le tissu social d’origine : la famille, la communauté, l’école et le travail, exhorte le cardinal Turkson.

Le cardinal reprend le passage évangélique de la guérison d’un lépreux par Jésus. Le Seigneur ne soigne pas seulement la personne, mais la pousse à se présenter au prêtre pour une pleine réinsertion dans le tissu humain. Il faut vaincre la peur face à ceux qui portent les marques de la maladie. Pour eux, il faut s’engager à fond, afin qu’ils puissent trouver un accueil, de la solidarité et de la justice.

L’Église vante une longue tradition d’assistance envers les malades de la lèpre, surtout dans les territoires de mission, qui s’exprime avec les soins médicaux et l’assistance spirituelle, aussi en leur offrant la possibilité d’une réinsertion dans la société. Selon les données de l’Annuaire statistique de l’Église, l’Église catholique gère dans le monde 612 centres dans le monde pour les malades de la lèpre : 174 en Afrique, 43 en Amérique, 313 en Asie, 81 en Europe et 1 en Océanie. 

Texte intégral du cardinal Turkson : 

«La mise au point de traitements pharmacologiques efficaces et l’engagement important au niveau planétaire prodigué par de nombreux organismes et réalités nationales et internationales, avec l’Église catholique au premier plan, ont infligé, au cours des dernières décennies, un coup sévère à la maladie de Hansen, plus connue comme la lèpre. En 1985, cette maladie affligeait encore plus de 5 millions de personnes dans le monde, tandis qu’aujourd’hui, on compte environ 200.000 nouveaux cas annuels, mais il y a encore beaucoup, vraiment beaucoup, à faire.

Comme il a été souligné en juin dernier notamment, en conclusion du symposium «Pour des soins holistiques des personnes atteintes de la maladie de Hansen, respectueux de leur dignité», organisé par l’ex-Conseil pontifical pour les services de santé : chaque nouveau cas de la maladie de Hansen est un cas de trop, de même que toute forme résiduelle de stigmate de cette maladie. De trop également, toute loi qui discrimine les malades atteints de la maladie de Hansen, ainsi que toute espèce d’indifférence. Dans le cadre de l’initiative, réalisée en collaboration  avec la Nippon Foundation-Sasakawa Health Foundation et avec la contribution de l’Ordre de Malte et des Fondations Raoul Follereau et Le bon Samaritain, il a été souligné que, en raison de leur rôle, il est important que les responsables de toutes les religions dans leurs enseignements, leurs écrits et leurs discours contribuent à l’élimination de la discrimination à l’égard des personnes atteintes de la maladie de Hansen. D’autre part, comme l’a affirmé ensuite l’OMS au cours du Forum mondial sur la lèpre, qui s’est tenu à Séoul au mois de novembre, il est nécessaire de garantir des soins physiques et psychologiques aux malades pendant et après le fin du traitement.

En outre, nous devons nous engager tous, à tous les niveaux, afin que dans tous les pays soient modifiées les politiques familiales, de travail, scolaires, sportives et de toute autre nature, qui discriminent directement ou indirectement ces personnes, et que les gouvernements mettent en œuvre des programmes qui concernent les personnes malades.

Enfin, il est fondamental de renforcer la recherche scientifique pour développer de nouveaux médicaments et obtenir des instruments de diagnostic susceptibles d’augmenter les possibilités de diagnostic précoce.

En effet, dans une large part, les nouveaux cas sont identifiés seulement lorsque l’infection a déjà provoqué des lésions permanentes et marqué à vie désormais l’adulte et l’enfant atteints. D’autre part, surtout dans les régions les plus éloignées, il arrive qu’il soit difficile de garantir l’assistance nécessaire pour terminer le traitement ou que les patients eux-mêmes puissent comprendre l’importance, ou accorder au moins la priorité à la poursuite du traitement pharmacologique qui a été commencé.

Mais les soins ne sont pas suffisants. Il faut réinsérer pleinement la personne guérie dans le tissu social originel : dans la famille, la communauté, à l’école ou dans le milieu du travail.

Pour promouvoir et contribuer à ce processus de réinsertion, qui est encore pratiquement impossible dans de nombreuses réalités, il faut soutenir et encourager à nouveau l’associationnisme entre les anciens malades ; et en même temps, avec eux, il convient de promouvoir la diffusion des communautés qui, comme cela a déjà été réalisé en Inde, au Brésil et au Ghana par exemple, deviennent de véritables familles qui comprennent et accueillent les personnes, en leur offrant un terrain fertile à l’aide mutuelle, à une fraternité authentique.

En méditant également sur la guérison opérée par Jésus sur un malade de la lèpre, comme il est rapporté dans le chapitre 1 de l’évangile de Marc, le Christ «ému de compassion, étendit la main, le toucha et lui dit : ‘Je le veux, sois purifié’. Ensuite, il lui dit : ‘garde-toi de rien dire à personne ; mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce qu’a prescrit Moïse : ce leur sera une attestation’».

Donc, Jésus non seulement guérit la personne dans sa totalité, mais lui demande de se présenter à celui qui pouvait en décréter la totale réinsertion dans la société, la réadmission dans le "consortium humain".

Et actuellement, cela constitue peut-être l’obstacle le plus important à surmonter pour celui qui a été atteint de la lèpre. Les infirmités, les signes indélébiles laissés par la maladie sont aujourd’hui encore comme des "marques au fer rouge". La peur de la maladie, une des plus redoutées dans l’histoire humaine, l’emporte sur la raison, le manque de conscience de la pathologie par la communauté exclut les personnes guéries qui, à leur tour, à cause de la souffrance et des discriminations subies ont perdu le sens de la dignité qui leur est propre, inaliénable, même si le corps présente des mutilations. "Pour" elles et, surtout, "avec" les personnes victimes de la lèpre, nous devons nous engager encore davantage, afin qu’elles puissent trouver l’accueil, la solidarité, la justice.

Cardinal Peter K.A. Turkson

Préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral»

(CV)

                                                                           

28/01/2017 17:29