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Eglise \ Vie de l'Eglise

Abus sexuels : le père Zollner défend une ligne de fermeté

Le père Hans Zollner, jésuite allemand membre de la Commission pour la Protection des mineurs.

02/03/2017 18:09

(RV) L’annonce de la démission de Marie Collins, victime d’abus, de la Commission pour la protection des mineurs, a rencontré un grand écho. Mais cette décision ne ralentit pas la lutte contre la plaie de la pédophilie dans l’Église. Le père Hans Zollner, membre de cette commission, et président du Centre pour la protection des mineurs à l’Université grégorienne, l’a expliqué à notre collègue de la rédaction italienne, Alessandro Gisotti. Voici une traduction de cette interview :

«Marie Collins m’avait prévenu de sa réflexion de quitter la commission il y a environ 4 semaines. Bien sûr j’en ai été très désolé. C’est triste qu’elle ait ressenti le besoin de démissionner. Selon moi, cela est dû à l’accumulation de nombreuses frustrations – ce que je comprends très bien- , qu’une victime d’abus doit ressentir, parce qu’elle ne voit pas cette rapidité, cette consistance de la réponse, comme elle l’a dit, de certains bureaux du Saint-Siège.

Avez-vous reçu des réactions, de la part des victimes d’abus, suite à cette décision de Marie Collins ?

Je suis vraiment désolé, parce qu’évidemment beaucoup des victimes d’abus sont très tristes, elles ont exprimé une grande déception, mais elles ont aussi compris que la situation est très complexe, parce que nous ne parlons pas d’une institution qui réagit avec la même rapidité dans tous les bureaux. Marie elle-même a confirmé que nous collaborerons aussi dans le futur, comme nous l’avons déjà fait l’année dernière pour la formation de membres de la Curie. Comme elle l’a dit dans une des interviews, le bilan de son travail à la Commission, qui continuera, est positif – ce sont ses paroles -, et nous devons nous engager pour un changement de mentalité. Ici nous parlons d’un changement de culture qui ne se fait pas instantanément, parce qu’il faut beaucoup de patience, mais je comprends que sa patience soit finie. Nous allons de l’avant. Je suis très confiant dans le fait que nous pourrons être plus incisifs, parce que je pense que le message qu’elle voulait donner est arrivé.

Avec la démission de Marie Collins, il y a le risque que s’affaiblisse le travail, la crédibilité au niveau de l’opinion publique de la Commission ?

Bien sûr, il y a ce risque. La voix des victimes n’est pas représentée par des personnes identifiées comme victimes, mais ceci ne signifie pas que la voix des victimes ne soit pas présente ou représentée, parce que nous tous, le cardinal O’ Malley surtout, nous avons rencontré des centaines de victimes d’abus. La voix des victimes sera présente et moi je suis certain que, aussi avec, ou peut-être justement en raison de l’absence de Marie, nous serons encore plus attentifs à considérer ce que penseront, sentiront, percevront les victimes, que ce soit par rapport au travail de la Commission, ou à l’objectif de la Commission de transmettre au Saint-Père des recommandations précises.

Cette situation survient alors que nous sommes proches du 4e anniversaire de l’élection du Pape François. Comme vous le disiez, la rapidité du processus est peut-être moindre que ce que l’on pouvait espérer, mais peut-on dire que la lutte contre la pédophilie dans l’Église s’est renforcée au cours de ces dernières années ?

Oui, bien sûr. Moi je peux en témoigner, de mes visites dans les cinq continents, dans une quarantaine de pays. Dans deux semaines je serais en Afrique du Sud et au Malawi. Ce sont des pays où jusqu’il y a peu ce thème était tabou ! Nous sommes en train de faire aussi beaucoup d’autres choses : en mai nous irons à Bangkok pour la Fédération de toutes les conférences épiscopales de l’Asie. C’est un changement relativement rapide, en terme de développement, comme nous le savons, dans une Église qui est la plus ancienne institution du monde. Malheureusement ce n’est pas aussi rapide que nous le voudrions tous, mais un organisme d'un milliard 300 millions de membres ne se transforme pas d’un jour à l’autre, si nous parlons d’un changement de mentalité, surtout comme Marie Collins le disait elle-même dans une interview que j’ai lue il y a peu. Ceci n’advient pas du jour au lendemain.

Au Pape François on reconnaît généralement, aussi de la part de médias qui ne sont pas proches de l’Église, un engagement fort face à cette plaie de la pédophilie. Mais dernièrement, certains médias ont critiqué le Pape pour ne pas être suffisamment sévère avec les prêtres qui ont abusé des mineurs. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Dans un des articles est représenté un cas, qui est ensuite extrapolé comme s’il y avait un changement général d’attitude du Pape face à ceux qui ont commis des abus. Ceci n’est pas vrai, c’est justement le contraire ! La ligne principale de l’article suggère qu’il y a une dilution de la sévérité. Non. Le Pape l’a dit aussi il y a deux semaines dans la préface qu’il a écrite pour le livre d’une victime (Daniel Pittet, ndlr). Il dit clairement quelle est et continue à être sa position.»

(CV-Rédaction italienne de Radio Vatican)

 

02/03/2017 18:09