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Monde \ Politique

Le gouverneur de Djakarta condamné à deux ans de prison pour blasphème

Le gouverneur de Jakarta Ahok, chrétien, a été condamné à deux ans de prison pour «insulte à l'islam». - EPA

09/05/2017 08:32

(RV) Le gouverneur de Djakarta a été condamné à deux ans de réclusion pour blasphème, une peine bien plus sévère que celle requise par le parquet favorable à deux ans de résidence surveillée en raison de manque de preuves. Ce mardi 9 mai 2017, le collège des cinq magistrats d’une Cour du district du nord de la capitale indonésienne a estimé que Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, était «de façon probante, coupable de blasphème» et ordonné son incarcération. «Nous ferons appel», a indiqué le prévenu. Ce procès était perçu comme un test de la tolérance religieuse dans le plus grand pays musulman au monde.

L'origine du procès

Dans la perspective d’élections locales qui l’opposaient en avril à un candidat musulman, le gouverneur sortant, chrétien et d'origine chinoise, avait déclaré fin septembre que l'interprétation par certains oulémas d'un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu'un dirigeant musulman était erronée. Les partisans d’un Islam rigoriste s’étaient alors mobilisés organisant, en pleine campagne électorale, des manifestations monstres à Djakarta. Certains avaient alors décidé de porter plainte.

Au terme de son procès, Ahok a donc été condamné ce mardi, après avoir été battu aux élections du 19 avril. Le nouvel élu, le musulman Anies Baswedan, prendra ses fonctions en octobre. En attendant, Basuki Tjahaja Purnama reste à son poste, bien qu’il ait été immédiatement envoyé en prison ce mardi.

L'Etat de droit en danger ?

«Il s’agit d’une affaire particulièrement triste», estime le secrétaire de la Commission pour le Dialogue interreligieux de la Conférence épiscopale d’Indonésie interrogé par l’agence Fides. Selon le Père Agustinus Ulahayanan, «les groupes islamiques radicaux ont influencé cette décision et même l’ensemble de l’affaire, y compris la récente campagne électorale. Nous pouvons seulement dire que ce n’est pas fini : les défenseurs feront appel de la décision alors que nous chrétiens nous en remettons toujours à la justice de Dieu, qui est le Seigneur de l’Histoire». Le prêtre souligne qu’il est néanmoins positif est de voir que, «malgré la déception des chrétiens et de nombreux secteurs de la société, les réactions sont pacifiques et demeurent dans le cadre de la démocratie». Car, les chrétiens indonésiens nourrissent, dit-il, un profond respect pour le Pancasila, la charte des cinq principes à la base de l’Indonésie démocratique. Ce qu’il y a en revanche de négatif est que «aujourd’hui, nous prenons acte de la faiblesse du système judiciaire et de l’impact qu’ont obtenu les groupes radicaux. Au cours de ces derniers mois, on a assisté à une évidente manipulation de la foi islamique à des fins politiques et ceci constitue un phénomène qui pourra se répercuter également sur les prochaines élections nationales. Il faudra le surveiller et agir avec sagesse», estime le Père Agustinus Ulahayanan.

Le Père Benny Susetyo, secrétaire du Centre d’Etudes Setara Institute, indique pour sa part à Fides que cette « condamnation représente une défaite pour l’Etat de droit. Les groupes islamiques radicaux ont remporté la partie et ceci est dangereux pour l’avenir de cette nation».
Alors que des musulmans sont descendus dans les rues de la capitale pour célébrer le verdict, les partisans d’Ahok se mobilisent. Ces derniers jours, des milliers de ballons rouge et blanc lui ont été remis par des chrétiens et des musulmans, et plus de 5 000 couronnes de fleurs ont été envoyées au bureau du gouverneur de Djakarta, en signe d’affection et de solidarité. 

(MD-SBL, avec AFP et Fides)

09/05/2017 08:32