Social:

RSS:

Radio Vatican

La voix du Pape et de l'Eglise en dialogue avec le monde

Autres langues:
Lire l’article Accéder au menu

Eglise \ Vie de l'Eglise

Fermeté du Pape envers un diocèse rebelle au Nigeria

Le Pape est la délégation nigériane d'Ahiara, le 8 juin 2017 au Vatican.

10/06/2017 18:38

(RV) Le Pape a adressé une mise en garde sans appel aux prêtres du diocèse d’Ahiara au sud-est du Nigeria, qui refusent depuis 2012 la nomination de leur évêque en raison de son appartenance ethnique. François leur donne un mois pour demander pardon, sans quoi ils seront déchus de leur ministère.

Offenser l'Eglise, un péché mortel

Une délégation du diocèse d’Ahiara a été reçue ce jeudi 8 juin par le Pape François au Vatican. Conduite par le cardinal Onaiyekan, l’archevêque d’Abuja nommé administrateur apostolique du diocèse en juillet 2013, elle incluait l'évêque d'Ahiara, les archevêques de Jos et Owerri, ainsi que trois prêtres, une religieuse et un chef traditionnel du diocèse. Le Pape leur a adressé un discours d’une extrême fermeté.

En référence à la parabole des vignerons homicides (cfr. Mt 21, 33-44), le Pape estime que le refus de cette nomination n’est «pas un cas de tribalisme», mais une «appropriation de la vigne du Seigneur». Il ne l’acceptera pas et se montre très clair : «Ceux qui se sont opposés à la prise de fonction de Mgr Okpaleke veulent détruire l’Église ; ce qui n’est pas permis. Peut-être qu’ils ne s’en rendent pas compte, mais l’église souffre, et le peuple de Dieu avec elle». François reconnaît que certains peuvent avoir été manœuvrés sans pleine conscience de la blessure infligée à la communion ecclésiale, mais «l’Église est mère et qui l’offense accomplit un péché mortel, c’est grave».

Demande de pardon

Le Pape dit avoir pris en considération la possibilité même de supprimer le diocèse. Il est revenu sur sa décision, car «l’Église ne peut laisser tous les fils que vous êtes». Aujourd’hui, «l’Église se trouve comme en état de veuvage». «Sans époux, elle a perdu sa fécondité et ne peut donner de fruit».

Le Pape a finalement donné jusqu’au 9 juillet, un mois, à chaque prêtre du diocèse pour «demander pardon». Dans une lettre adressée «individuellement et personnellement» au Saint-Père, ils devront réaffirmer leur totale obéissance au Pape et écrire qu’il accepte ainsi la nomination de Mgr Okpaleke. Ceux qui ne le feront pas seront «ipso facto suspendus a divinis et déchu de leur ministère».
«Cela peut sembler très dur, mais pourquoi le Pape le fait-il ? Parce que le peuple de Dieu est scandalisé». Le Pape remercie enfin Mgr Okpaleke pour sa patience et son humilité. 

Plus de quatre ans d'attente

Lors de sa nomination en 2012 par Benoît XVI, des laïcs et des prêtres du diocèse ont refusé leur nouvel évêque au motif qu’il n’était pas issu de l’ethnie Mbaise comme l’était Mgr Victor Chikwe, mort en 2010 après avoir été le premier évêque du diocèse pendant presque 25 ans.
Tout en faisant partie du peuple Ibo, majoritaire dans le sud-est du Nigeria, Mgr Okpaleke, qui a effectué de brillantes études de droit canonique à Rome, vient en effet de l’État voisin d’Anambra. Selon ses détracteurs, il devait être possible de trouver parmi eux un prêtre ayant les qualités requises pour être évêque. La situation dans le diocèse était si tendue que le nouvel évêque a dû être ordonné dans le diocèse voisin d’Owerri et n’a, à ce jour, pas encore pu prendre possession de son diocèse.

Pour calmer le jeu, le Pape François avait, dès juillet 2013, nommé administrateur apostolique du diocèse le cardinal John Onaiyekan, archevêque d’Abuja et homme rompu aux dialogues difficiles. L’année suivante, le cardinal ghanéen Peter Turkson, alors président du Conseil pontifical Justice et paix, avait aussi été envoyé pour évaluer la situation sur place.

Le Pape François est très attentif à ce que les questions ethniques ne viennent pas troubler la vie des diocèses, notamment en Afrique. Lors de sa visite au Kenya, en novembre 2015, il avait lancé un vibrant appel au refus du tribalisme lors d'un rassemblement avec des jeunes, invitant au contraire à un attachement à la patrie, à la nation.
En septembre dernier, recevant des évêques du monde entier en formation à Rome, il avait d’ailleurs mis en garde contre «les différences dues aux différents groupes ethniques d’un même territoire» qui, avait-il expliqué, «ne doivent pas pénétrer dans la communauté chrétienne». «L’Église est appelée à se mettre toujours au-dessus des connotations tribales et culturelles», avait-il prévenu.    

(MD-CV avec Fides et La Croix)

10/06/2017 18:38