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Le père Zollner réagit à l'affaire des abus dans le choeur de Ratisbonne

Le père Hans Zollner, président du Centre de protection des mineurs de la Grégorienne. - AP

19/07/2017 19:54

(RV) Appelés “les moineaux de Ratisbonne”, de nombreux enfants de la chorale plus que millénaire de la cathédrale bavaroise auraient été victimes d’abus entre 1945 et 1992 : un rapport présenté le 18 juillet à la presse par Ulrich Weber, avocat mandaté par le diocèse de Ratisbonne pour faire la vérité sur cette affaire révélé en 2010, montre l’ampleur du scandale.

547 victimes ont raconté avoir subi des violences physiques, corporelles et psychologiques, parmi lesquelles 67 auraient aussi subi des abus sexuels. Le rapport a identifié 49 suspects de maltraitance corporelle, parmi lesquels 9 auraient commis aussi des abus sexuels. Il s’agit de prêtres et de membres du personnel laïc de l’école, enseignant et non enseignant. Les premières dénonciations publiques ne sont arrivées qu’en 2010, plusieurs décennies après les faits.

Certains de ces enfants devenus adultes ont décrit l’école comme «une prison, un enfer, un camp de concentration», et ont parlé de ces années passées dans la structure comme «les pires de leur vie, caractérisées par la peur, la violence et le manque d’aide». Pour chacun d’eux, le diocèse a délivré un indemnité allant jusqu’à 20 000 euros.

Le rapport met aussi en cause le frère de Benoît XVI, Mgr Georg Ratzinger, directeur du chœur durant 30 ans, et aujourd’hui âgé de 93 ans, qui n’aurait pas identifié ni pris en compte les signes de malaise de la part des enfants. Autre prélat nommément cité : le cardinal Gerhard Ludwig Müller. L’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi était en effet évêque de Ratisbonne lors de la révélation de l’affaire en 2010, et n’aurait pas réagi avec suffisamment d’efficacité face au scandale, contrairement à l’évêque actuel, qui a soutenu le rapport Weber.

Le président du Centre pour la protection des mineurs de la Grégorienne, à Rome, le père Hans Zollner, théologien et psychologue jésuite, et lui-même originaire de Ratisbonne. Interrogé par Roberta Gisotti, il exprime sa satisfaction sur la façon dont est aujourd’hui traité ce scandale, en toute transparence et sans peur de la vérité.

Cette fois, la vérité, si douloureuse et scandaleuse, sur une histoire d’abus sur mineurs perpétrés pendant des décennies dans une institution catholique est venue justement de l’Église, certes, après les dénonciations des victimes…

Oui, il y a eu une volonté de l’évêque de la ville de Ratisbonne, ma ville natale, qui a donné cette charge à un avocat auquel il a offert toutes les possibilités non seulement de consulter les archives mais aussi de contacter les victimes et de parler avec d’autres personnes concernées. Il y a donc eu le courage de l’évêque de faire la lumière dans une obscurité vraiment profonde.

Il faut dire que l’avocat Weber a assumé cette charge avec un grand esprit de rigueur, de sérieux et d’indépendance.

Lui, il avait tous les instruments pour enquêter, il avait la main libre et il a travaillé très rigoureusement, avec aussi un comité de conseillers scientifiques. Il a donc vraiment produit un rapport très bien fait, et inattaquable dans son ampleur, sa profondeur et aussi son caractère scientifique.

Ce rapport marque certainement un changement dans la façon d’affronter le mal quand il s’insinue aussi à l’intérieur de l’Église.

Évidemment nous devons faire cela, nous devons voir la réalité en face, et nous devons affronter les injustices, les péchés, les crimes qui ont été commis de la part des prêtres et aussi d’autres employés de l’Église. Par exemple, dans ce cas de Ratisbonne, il y avait aussi beaucoup d’éducateurs laïcs du lycée employés dans l’internat de cette école, qui ont abusé des enfants avec une violence physique et aussi sexuelle.

L’avocat Weber pointe le doigt aussi sur les responsabilité des parents qui n’auraient pas donné la juste attention et le juste poids aux récits des enfants, il dénonce aussi les autorités de l’État qui auraient été laxistes dans les inspections scolaires et n’ont pas en réalité protégé l’enfance comme cela leur était demandé…

Oui, mais les parents avaient aussi une grande fierté d’envoyer leurs enfants à cette école très prestigieuse, avec la possibilité qu’ils deviennent des grands musiciens, qu’ils puissent faire le tour du monde… Pour nous, à Ratisbonne, ce lycée était considéré vraiment comme une “étoile”, et donc, avoir un enfant là et pouvoir l’y former était la fierté de la famille. Ensuite, l’État, bien sûr, les bureaux de surveillance pour l’éducation et l’école ont fermé les yeux et les oreilles et n’ont pas fait leur devoir.  Nous devons le dire. Mais il est difficile aussi de juger comme nous pensons aujourd’hui la chose, parce qu’à cette époque certains personnes probablement considéraient comme un fait normal que l’on gifle les enfants, même si ce n’était déjà plus l’usage habituel dans les années 1960-70.

Mais moi je me souviens que dans mon école primaire il y avait deux enfants qui m’avaient raconté qu’ils avaient été frappés dans cette école. Donc moi, je le savais. Je suppose que leurs parents le savaient aussi, et donc on percevait que cela n’était pas juste, mais il n’y avait pas encore la sensibilité nécessaire et suffisante pour se prononcer publiquement, pour dénoncer la chose et suivre les lois, parce que certainement ces faits auraient déjà possibles à dénoncer à l’époque.

Donc il ressort que la culture du silence doit être dénoncée. Vous, comment vous jugez cette publicité qui a été donnée en présentant ce rapport directement à la presse, qui ensuite a fait que cette nouvelle est arrivée sur les unes de tous les journaux du monde ?

Ceci est un pas très important, aussi pour la sensibilisation de toute la société et pour toutes les institutions, que ce soit dans l’Église ou hors de l’Église, parce que dans une institution on peut faire beaucoup de choses qui peuvent prévenir l’abus. Par exemple, dans le choix du personnel éducatif ou non éducatif, dans l’éducation et dans la formation de ces personnes qui travaillent avec les enfants, que ce soit des personnes saines, équilibrées, et qui sachent ce qu’est une transgression de leurs compétences, et une transgression en termes de violences, qui ne sont pas seulement inadmissibles mais sont aussi des faits criminels.

(CV)

 

 

19/07/2017 19:54