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La mondialisation de l'indifférence au cœur du message du Carême du Pape

Michel Roy, secrétaire général de Caritas Internationalis

27/01/2015 17:43

(RV) Entretien - La lutte contre la mondialisation de l’indifférence est au centre du message du Pape François pour le Carême 2015. Ce thème lui est cher et le Saint-Père en a donné personnellement une illustration, en se rendant par exemple à Tacloban lors de son récent voyage apostolique aux Philippines. Meurtrie par le passage du typhon Hayan fin 2013, la ville a compté des milliers de victimes. Mais qu'entend exactement le Pape par l'expression « mondialisation de l'indifférence » ? La réponse de Michel Roy, le secrétaire général de Caritas Internationalis, au micro d'Antonino Galofaro. Il faisait partie des personnes qui ont présenté le message de Carême du Pape à la presse.

 

Qu'entend exactement le Pape par l'expression « mondialisation de l'indifférence » ?
Le Carême est un moment particulier dans l'Eglise, d’arrêt, de retour sur soi, au niveau personnel et au niveau de la communauté, pour voir comment on vit sa foi chrétienne d’une manière active et comment on est fidèle à cette foi. Une fois l’an, c’est bien d’avoir cette opportunité de faire un retour sur soi et le Saint-Père nous invite au renouveau, à la conversion, avec effectivement cette année, un focus sur l’indifférence. Une indifférence, surtout dans nos sociétés du Nord matérialistes, consuméristes, où l’on pense à soi, à la famille (parfois)... Les modes modernes de communication font qu’on est plongé dans son téléphone, dans son Ipad, dans sa tablette plus que dans la relation avec ses voisins. C’est donc une invitation à sortir de soi et à aller vers les autres. « Indifférent » veut dire qu’on se moque de ce qui se passe autour et l’« invitation », c’est s’intéresser à ce qui se passe autour. La personne humaine n’est pas faite pour vivre seule mais elle est faite pour vivre avec d’autres et l’Église nous invite toujours, non seulement à « vivre avec » mais à « s’engager avec » et en particulier avec ceux qui souffrent, quelque soit la raison de leur souffrance : qu’ils soient handicapés, malades, victimes de la pauvreté, des injustices ou de l’oppression.

Les situations dans le monde sont tellement nombreuses. La dernière mise en lumière faite par le Pape, c’est Tacloban, aux Philippines. Comment ne pas être indifférent à toutes les situations ?
On est plus facilement sensible à ce qui se passe chez le voisin immédiat dans son quartier, dans son village. Encore faut-il se bouger car là aussi, l’indifférence est forte ! Je crois qu’il faut commencer par se bouger localement mais le Carême est aussi un moment où on est invité à regarder globalement. Le monde d’aujourd’hui est globalisé. Quand la campagne de Carême a été lancée par Jean XXIII en 1961, on était dans un monde où les communications ne permettaient pas ce qui est permis aujourd’hui, cette vision globale. Le monde est là. En particulier dans le Nord, on sait exactement ce qui se passe ailleurs. L’invitation à sortir de soi pour aussi être en relation, en soutien, en solidarité avec ceux qui souffrent ailleurs, c’est donc quelque chose d’important. A propos de Tacloban, aux Philippines, on rencontre trois typhons forts par an. Celui que le Pape a rencontré quand il était là était un petit typhon qui ne compte pas. Mais ces trois typhons forts font des dégâts majeurs. Donc ça veut dire que le pauvre peuple philippin est obligé de s’adapter à cette situation, ce qu’il arrive à faire, plus ou moins. Mais les médias, la télévision nous montre des images qui sensibilisent et qui mobilisent. J’avoue qu’il y a encore beaucoup de disponibilité pour contribuer financièrement quand un appel est lancé et que les images sont fortes, il y a beaucoup de dons qui arrivent. La réalité de Tacloban est aussi due aux changements climatiques et on sait pourquoi le climat change. La raison est principalement humaine. C’est donc un appel à changer de mode de vie : créer moins de CO2, de gaz à effets de serre. Penser à Tacloban, c’est aussi penser à la manière dont on vit chez nous aujourd’hui. L’impact n’est pas qu’à Tacloban, il est sur toute la planète !

Le Pape, en allant à Tacloban, montre l'exemple dans cette lutte contre « la mondialisation de l’indifférence ». Sans cela, l’intérêt serait moindre, les médias seraient moins présents et les gens aideraient moins ?
Le Pape est une figure charismatique qui attire. Les gens ont un intérêt pour ce qu'il dit, là où il va. Quand il est allé à Lampedusa et qu’il a commencé à parler de « la mondialisation de l’indifférence », on a vu déjà des réactions sur la manière dont on accueille les migrants chez soi. Oui, le Pape contribue à faire prendre conscience à des gens qui n’en avaient pas forcément le cas d’une réalité donnée en fonction des voyages qu’il fait. Ça a un impact très fort localement. Au Sri Lanka, on a vu combien la présence du Pape a presque transformé la vision collective que les Srilankais ont d’eux-mêmes et de leur avenir. C’est une société très divisée et je pense que le Pape a contribué à rassembler. Mais cela peut avoir un impact beaucoup plus large, beaucoup plus global.  

27/01/2015 17:43